Eglises et chapelles de Savoie et Haute-Savoie
Auteur : Services d'archives communales

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Eglises de Tignes

" Eglise Saint Jacques située aux Boisses ", 2004, Mairie de Tignes.

La commune de Tignes compte trois églises réparties sur ses différents hameaux. Le premier édifice se trouve aux Brévières, le deuxième aux Boisses alors que le dernier, le plus récent, a été érigé à Tignes-le-Lac en 1958.

Portant le nom du saint patron de Tignes, l’église Saint Jacques de Tarentaise sise sur le verrou des Boisses demeure le bâtiment le plus remarquable de la commune par son histoire, son architecture et son ornement. Celle-ci a en effet la particularité d’être la reproduction à l’identique de l’église de l’ancien village inondé en 1952, suite la construction du barrage EDF.

" Eglise de l’ancien village de Tignes ", carte postale, s.d., Mairie de Tignes, Archives municipales de Tignes.

 

 

 

La destruction du vieux Tignes a nécessité l’émergence et l’aménagement de nouveaux points de vie et de rassemblement pour les habitants.

Le projet de reconstitution à l’identique de l’église s’inscrivait alors dans ce cadre : de par sa ressemblance avec l’ancien édifice, l’église Saint Jacques a joué un rôle essentiel dans le sentiment d’identification de la communauté tignarde à ce nouvel espace.

Sous la direction de l’architecte Jamet, le gros œuvre débuta en 1950 et l’aménagement fut effectué deux ans plus tard. L’aspect général de l’ancien édifice, intérieur et extérieur, a été scrupuleusement respecté puisque même les dimensions originelles ont été reprises.

L’architecture extérieure de l’église obéit aux principes du style roman. Contrairement à la plupart des églises de Tarentaise souvent reconstruites aux xviie et xviiie siècles, le bâtiment originel n’a subi que peu de modifications et apparaît encore aujourd’hui bas et trapu comme pour se défendre des intempéries. En revanche, le clocher décoré de bandes lombardes, se remarque par sa finesse et son élancement.

" Intérieur de l’église Saint Jacques située aux Boisses ", photographie du Studio Villeurbannais, 1952, fonds Santa Terra, Archives municipales de Tignes.Si l’intérieur de l’église peut apparaître un peu froid du fait de l’absence de peintures (les anciennes peintures de la voûte et des murs n’ont pas été reproduites), la conservation du mobilier originel permet de plonger le visiteur dans l’atmosphère du baroque alpin.

Le sauvetage d’une partie du mobilier a été l’œuvre non seulement de spécialistes des Monuments historiques, mais aussi du curé Louis Pellicier qui, aidé par la population a tenté de le mettre à l’abri, notamment à l’abri des pillages. Malheureusement, cette sauvegarde n’a été que partielle, personne n’ayant pu empêché le vol d’objets lors de leur transfert.

 

" Intérieur de l’église de l’ancien village de Tignes ", carte postale, s.d., Mairie de Tignes, Archives municipales de Tignes.Des éléments d’autres édifices religieux du vieux Tignes ont également été récupérés : l’actuelle église conserve ainsi dans un local attenant à la sacristie, les retables, statues et meubles de chapelles aujourd’hui détruites.

 

 

 

Déjà présent dans l’ancienne église, le mobilier se compose d’autels datant des xviie et xviiie siècles dont les devants comportent de beaux cuirs de Cordoue peints (probablement fabriqués en Provence), de retables des xviie et xviiie siècles de style baroque en bois sculptés, polychromés et dorés à la feuille d’or, d’œuvres d’artistes de la Valsesia et de nombreux objets d’ornements (vases, statues en bois du xvie au xviiie siècle, objets de culte…).

" Eglise Saint Jacques située aux Boisses ", , Mairie de Tignes, Archives municipales de Tignes.Le retable majeur date du xviiie siècle et porte les armoiries des donateurs, les familles du Verger et de Chabod de Saint Maurice : sur le tableau d’ailleurs, les têtes de Saint Maurice, Saint Christophe et Sainte Catherine sont sans doute des représentations des membres de ces familles.

Au sommet du retable, se dessine un grillage de courbes et de contrecourbes ; l’esthétique baroque demeure fort présente avec les brisures, l’entablement et les colonnes torses enroulées de branches d’églantiers. En revanche, le tabernacle qui a été restauré au début du xixe siècle, est emprunt des marques du néo-classicisme.

Si le projet consistait à reproduire à l’identique l’ancienne église de Tignes, Il faut cependant noter la touche contemporaine apportée au nouvel édifice.

" Melanie, cloche de l’église – Tignes 1952 ", carte postale, photo Marc Riboud, 1992, Archives municipales de Tignes.Pour l’ameublement, l’artiste Jean Touret (atelier d’art chrétien en Loir-et-Cher) a réalisé différentes statues en plâtre ainsi qu’un chemin de croix qui se remarque par sa sobriété.

L’édifice a également été agrémenté de nouveaux vitraux réalisés par l’architecte Jamet. Ces vitraux illustrent la vie paroissiale de l’ancien Tignes (en particulier la procession du 15 août, la bénédiction des mulets du 17 janvier ou encore la bénédiction des troupeaux partant pour l’alpage), différentes scènes de l’Evangile ainsi que les vies de Saint Bernard de Menthon et de Saint Roch. Ceux-ci apparaissent donc comme des témoignages importants de la vie passée à Tignes, fortement marquée par la religion.

Ces vitraux complètent ainsi les tableaux, les ornementations et les statues qui sont autant de représentations de la vie religieuse tignarde : vie pastorale avec Saint Antoine et Saint Guérin protecteur des troupeaux, piété mariale sur l’autel du Rosaire ou encore scène familiale sur le retable de la nef de droite…

A l’extérieur, une nouvelle croix a été placée sur le parvis : oeuvre aussi de Jean Touret, le Christ a ici les bras tendu vers le fond de la vallée, à la fois pour pleurer le village englouti et pour accueillir les nouveaux venus. Son créateur l’a intitulé " le Christ accueillant "." Extrait du registre des délibérations du conseil municipal du 4 juillet 1952 ", Mairie de Tignes, Archives municipales de Tignes (cote : 109W7).

Outre cette croix, la pierre à cupule dite " pierre de la Taille " récupérée de l’ancien village a aussiété replacée sur le parvis de l’église des Boisses.

Située autrefois sur la place du village, encastrée sur un tronc de mélèze, cette pierre avait sans doute plusieurs usages : lieu de la collecte de l’impôt du temps du duché de Savoie, lieu de réunion pour les habitants à la sortie de l’église, lieu de ventes aux enchères (l’aboyeur dirigeait la vente perché sur la pierre), lieu d’harangue pour les candidats aux élections…

 

 

 

 

 

" Eglise Saint Jacques située aux Boisses ", 2004, Mairie de Tignes, Archives municipales de Tignes.On remarque également sur la façade, la statuette de Saint Jacques de Tarentaise dessinée par Jean Touret en ciment polychrome (1956).

Il faut enfin ajouter que les anciennes cloches qui avaient été fondues, ont été remplacées par sept nouvelles cloches.

Elément indissociable de l’église, le cimetière jouxte l’édifice religieux. Surplombant le hameau des Brévières, ce cimetière a notamment accueilli les dépouilles transférées de l’ancien village, rappelant ainsi le douloureux épisode du déplacement des corps en mars 1952 lors de l’évacuation du vieux Tignes. Au même titre que l’église, le cimetière joue un rôle extrêmement important dans la mémoire tignarde.

Rappel du passé tignard, intégrée au " Chemins du Baroque ", l’église Saint Jacques contraste avec l’édifice religieux de Tignes-le-Lac : située sur un promontoire dominant la station, l’église d’inspiration corbuséenne est une véritable accroche visuelle du quartier et assure une transition entre le retour à l’inspiration régionaliste et l’architecture contemporaine. Dressée selon les plans par R. Pantz (1958), elle illustre la transformation qu’a connue Tignes au cours de la seconde moitié du xxe siècle, entre tradition et modernisme…

" Exhumation des morts (mars 1952) ", 1952, fonds Santa Terra, Archives municipales de Tignes." Clocher de l’église du Lac ", s.d., Mairie de Tignes, Archives municipales de Tignes.

Crédit photographies et cartes postales

L’ensemble des photographies et cartes postales présentées sur ces pages, est conservé aux Archives municipales de Tignes.

  • " Eglise Saint Jacques située aux Boisses ", 2004, Mairie de Tignes.
  • " Eglise de l’ancien village de Tignes ", carte postale, s.d., Mairie de Tignes, Archives municipales de Tignes.
  • " Intérieur de l’église Saint Jacques située aux Boisses ", photographie du Studio Villeurbannais, 1952, fonds Santa Terra, Archives municipales de Tignes.
  • " Intérieur de l’église de l’ancien village de Tignes ", carte postale, s.d., Mairie de Tignes, Archives municipales de Tignes.
  • " Eglise Saint Jacques située aux Boisses ", , Mairie de Tignes, Archives municipales de Tignes.
  • " Melanie, cloche de l’église – Tignes 1952 ", carte postale, photo Marc Riboud, 1992, Archives municipales de Tignes.
  • " Extrait du registre des délibérations du conseil municipal du 4 juillet 1952 ", Mairie de Tignes, Archives municipales de Tignes (cote : 109W7).
  • " Exhumation des morts (mars 1952) ", 1952, fonds Santa Terra, Archives municipales de Tignes.
  • " Eglise Saint Jacques située aux Boisses ", 2004, Mairie de Tignes, Archives municipales de Tignes.
  • " Clocher de l’église du Lac ", s.d., Mairie de Tignes, Archives municipales de Tignes.

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