La maison de Savoie
Auteur : André PALLUEL-GUILLARD - Niveau de lecture : Tous publics

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Pour mieux  connaître les princes de Savoie

Les origines de la maison de Savoie  

La rareté des documents sur la fin du Xe siècle rend très difficile la connaissance des structures sociales de l’époque même pour les milieux dirigeants, d’où l’incertitude sur le statut et l’origine de Humbert aux Blanches Mains, le premier comte historique de la dynastie de Savoie qui apparaît dans l’entourage du  roi Rodolphe III de Bourgogne et de sa femme Ermengarde. Cabaret (en fait Jean d’Orreville) chargé par le duc Amédée VIII au début du XVe siècle pour narrer l’histoire de La maison de Savoie, parle ainsi d’un duc saxon nommé Bérold, neveu de l’empereur Othon, grand homme de guerre mais aussi grand séducteur puisque chassé de la cour impériale pour avoir été surpris en plein amour adultérin avec l’impératrice. Réfugié auprès de Bozon, roi d’Arles qu’il aurait défendu contre les inévitables Sarrasins, il auraît été le père du comte Humbert, lui même marié à Adélaïde de Suse qui lui aurait ainsi ouvert immédiatement la porte de l’Italie. Cette thèse saxonne explique les liens constants entretenus par la famille de Savoie avec celle de Saxe jusqu’au XIXe siècle.

Au XIXe siècle, Gingins-La Sarra prétendit distinguer un premier Humbert de Belley  de son neveu  Humbert aux Blanches Mains, ce que confirma ensuite Carutti  mais ce que contesta Manteyer  favorable à une origine royale à partir de Hughes de Octavion, neveu du roi de Provence devenu grand baron au service de Rodolphe et père lui-même de Humbert..

Mais était-il d’origine germaine? d’origine burgonde ? (ce qui est encore plus difficile à prouver !) serait-il d’origine romaine (un document ne dit-il pas « Qui professus est lege vivere romana » ?), descendant de la noblesse sénatoriale de la vieille capitale impériale, ce qui ne pouvait manquer de plaire à tous ceux qui  au milieu du XIXe siècle, envisageaient une destinée italienne pour  Charles-Albert., pourquoi pas seulement une origine gallo-romaine ? à partir de ces grands propriétaires gallo-romains du couloir rhodanien dont la puissance se serait  perpétuée sur plusieurs siècles après la chute de l’empire romain.

La devise de la maison de Savoie

FERT est la devise de l’ordre de l’Annonciade, en fait elle apparaît vers 1392 et demeure encore bien incompréhensible : On en a fait l’anagramme latin de l’expression «Sa vaillance défendit Rhodes»  en référence à l’expédition d’Amédée V sur cette île au XIIIe siècle, mais ne serait-ce pas aussi «Nous sommes tenus par l’alliance et la religion» ou comme on le suggéra au  début du XVIIIe siècle «La femme sera ta ruine » ? à moins que plus simplement elle ne signifie « qu’il (ou elle) supporte » ou plus franchement encore (selon Guichenon) «Frappez, entrez, rompez tout ». Le mystère demeure.

Les titres de la maison de Savoie

N… par la grâce de Dieu roi de Sardaigne, de Chypre, de Jérusalem et d’Arménie, duc de Savoie, comte de Maurienne, marquis en Italie, prince de Piémont, de Carignan, d’Onéglia, de Poitin, de Trin, prince et vicaire perpétuel du Saint Empire Romain en Italie, prince de Carmagnole, de Montmélian, prince bailli du duché d’Aoste, prince de Chieri; de Dronero, de Crescentino; de Riva de Chieri et Banna, de Busca, de Bene, de Brà, duc de Gênes, de Montferrat, d’Aoste, du Chablais, de Genève, de Plaisance, marquis de Saluces, d’Ivrée, de Suse, de Maro, d’Oristano, de Cesana, de Savona, de Tarentaise, de Borogomanero et Curregio, de Caselle, de Rivoli de Pianezza, de Govone, de Salussola, de Racconigi… de Cavaller-Maggiore, de Marene, de Modane et de Lanslebourg, de Libourne Ferraris, de Santhia, d’Aglié, de Centallo et Demonte, de Desana, de Ghemme, de Vigone, comte de Barge, de Villefranche, de Genevois, de Nice, de Tende, de Romont, d’Asti, d’Alessandria, de Goceano, de Novarre, de Tortone, de Bobbio, de Soissons, de Saint-Antioco (en Sardaigne), de Pollenzo, Roccabruna en Piémont, de Tricerro, de Bairo, d’Ozegna, d’Appertole, baron de Vaud et de Faucigny, seigneur de Verceil, de Pignerol, de la Lommelline et de la vallée de la Sesia, du marquisat de Ceva, grand-seigneur de Monaco, de Roquebrune et de un décime de Menton, noble homme patricien vénitien, patricien de Ferrare, souverain et chef de la maison royale de Savoie.

La croix et les insignes de Savoie

Au tout début du XIIIe siècle,   au moment même où les Capétiens adoptent les fleurs de lys et les Plantagenet les léopards d’or, le comte Thomas choisit l’aigle impérial de sable sur champ d’or (mais selon certains, l’aigle remonterait pour l’empire à la fin du Xe siècle et pour la Savoie au début du XIe siècle) mais un demi-siècle après apparaît la croix de Savoie d’argent sur fond de gueule et elle s’impose au début du XIVe siècle, parallèlement aux autres princes du Saint Empire qui adoptent le blanc et le rouge impériaux dans leurs propres armoiries. Ici aussi quelques spécialistes font remonter la croix au milieu du XIIe siècle et la font adopter progressivement par les comtes après les croisades auxquelles ils ont participé)

Par la suite, les ducs élaboreront de vastes armoiries regroupant les blasons de leurs principaux domaines mêlant ainsi la croix de Jérusalem, le lion niçois, etc…

Il  n’est pas certain que les comtes et les ducs n’eurent jamais de couronnes particulières. La principale insigne était indubitablement l’anneau dit de Saint Maurice, bijou certainement d’origine byzantine donné par l’abbé d’Agaune à Pierre II et transmis ensuite de souverains en souverains  jusqu’en 1799, où il fut perdu dans l’affolement de la famille royale partant en exil. Il a été refait symboliquement par Charles-Albert mais le charme était irrémédiablement perdu.

GERBAIX DE SONNAZ (A.)  : Bandiere, stendardi e vessilli di Casa Savoia  Turin, 1911

RABUT (F.)  : «Note sur l’anneau de Saint Maurice». In MDSSHA. 1870.

ANDENMATTEN (B.), PARAVICINI-BAGLIANI (A.) et VADON (A.)  : «Héraldique et emblématique de la …. » in Cahiers Lausannois d’histoire médiévale. 1994.

Les châteaux de la maison de Savoie

Les châteaux primitifs (dont il ne reste pas grand chose surtout après les destructions des Français au XVIIe siècle) Montmélian, Charbonnière (au dessus d’Aiguebelle); Suse et Avigliana se situent pour la plupart le long de la route transalpine du Mont-Cenis  mais l’errance habituelle de la famille comtale l’amenait aussi  dans les châteaux de Thonon, d’Aoste et du Viennois.

Le XIIIe siècle vit une relative sédentarisation à Chambéry, dont le sévère château, lieu de l’administration centrale du duché et résidence régulière du prince, se doubla vite d’une installation plus agréable et estivale au Bourget sur les rives du lac.

A la fin du XIVe siècle, des soucis de confort et de plaisir amenèrent les ducs à s’installer symboliquement vers des provinces considérées comme de plus en plus essentielles à leur pouvoir, comme Bourg en Bresse et ses châteaux annexes de Pont de Veyle, Pont d’Ain ou Chazey-Bons (en lien avec le duché de Bourgogne qui fascinait tant les grands féodaux), mais aussi Ripaille (sur les rives du lac Léman, berceau de la Romandie, alors partie la plus riche des Etats de Savoie) et enfin, et déjà, Turin dont le développement compensait bien la turbulence.

Aussi est-ce presque naturellement qu’en 1560, la capitale glissa de Chambéry à Turin où elle demeura pendant trois siècles (exactement le même intervalle donné à Chambéry auparavant)!. Cependant, la volonté de puissance et les nécessités de la cour exigèrent bientôt de ceinturer Turin d’une série de châteaux de plaisance. Emmanuel –Philibert se fit bâtir le parc royal et son fils Charles-Emmanuel I Mirafiori «Mille Fleurs» que les Français saccagèrent en 1705, Christine de France aménagea le Valentino en style français et une Vigne sur l’autre rive du Pô. Charles-Emmanuel II prétendit se construire à Veneria Reale une ville-palais qui inspira son cousin Louis XIV  pour l’aménagement de Versailles. Victor-Amédée II ne put terminer Rivoli mais se fit gloire de construire la «Palazzina di Caccia» à Stupinigi. Victor-Amédée III passa ses étés à Moncalieri, alors que Charles-Félix porta son choix sur Aglié en Canavese et que Charles-Albert resta fidèle à Racconigi où avaient habité déjà ses ancêtres mais Victor-Emmanuel II préféra les charmes néogothique de sa garçonnière de Govino en Cunese.

BARDELLI (C.R.), VINARDI (M.G.), DEFABIANI (V.) : Ville sabaude

BRUCHET (M.)  : Ripaille, 1979-1990.  

les inhumations dans la maison de Savoie

Il faut attendre le comte Humbert III et la fin du XIIe siècle pour voir la famille de Savoie se choisir  un lieu précis et fixe d’inhumation en l’abbaye d’Hautecombe sur les rives du lac du Bourget, où pendant  près de trois siècles, on  enterra  dix comtes, deux ducs, deux rois (Charles-Félix décédé en 1831 et Humbert II décédé en 1983), quinze princes et  une vingtaine de leurs épouses. La plupart ne reçurent point de monuments particuliers, et même après la restauration de Charles-Félix en 1824-1828, on ne compte que 42 cénotaphes, la plupart ne correspondant pas à des inhumations précises.

Durant le siège de Turin en 1705, Victor-Amédée IIfit un vœu solennel d’un basilique mariale sur la colline voisine de La Superga, promesse concrétisée par l’œuvre grandiose de     Juvarra en 1717 et où se firent désormais inhumer les membres de la famille royale jusqu’à la création du royaume d’Italie. On y trouve donc les tombeaux de cinq rois, huit reines, vingt cinq princes et vingt deux princesses, l’usage était de laisser le dernier souverain défunt dans la basilique jusqu’au décès de son successeur, amenant alors son transfert en la crypte royale.

En 1878, Victor-Emmanuel II a été inhumé au Panthéon de Rome où a été aussi enterré le roi Humbert I°.

POLINI (N.)  : «La mort du prince, rituels funéraires». In Cahiers lausannois d’histoire médiévale. 1994 .

Les règles de successions dans la maison de Savoie

La règle de succession la plus courante était la primogéniture mâle, confirmée trois fois de suite dans la seconde moitié du XIIIe siècle . En effet, en 1263, Pierre II succéda à son  neveu Boniface au préjudice des sœurs de ce dernier, puis en 1268, Philippe I succédant à son frère Pierre II au détriment de sa nièce Béatrix qui transmit ses droits et revendications à son époux le dauphin Guigue; enfin en 1285, Amédée V s’imposa à ses neveux et nièces pour succéder à Philippe I°, d’où la règle de voir des oncles succéder à leurs neveux en excluant les filles et sœurs de ces derniers. Finalement l’application officielle et stricte de la loi dite salique (excluant  toute succession féminine) en 1307 par Amédée V lui-même était évidente et manifeste. Elle joua encore en 1496 lorsque Philippe II «sans terre»succéda à son arrière petit neveu Charles-II et en 1831 lorsque Charles-Albert monta sur le trône laissé vacant à la mort de Charles-Félix¨ sans qu’on hésita entre lui et les nièces de ce dernier.

Les ordres de la maison de Savoie

L'ordre de l'Annonciade

Il correspond au départ à l’Ordre du Collier fondé à Bourg-en-Bresse vers 1362-64 par Amédée VI juste avant son départ en croisade (Edouard III Plantagenet crée l’ordre de la Jarretière en 1347 et Jean le Bon de France crée en 1352 l’ordre de l’Etoile), réformé ensuite en 1400 et 1434 puis en 1518, le duc Charles III le rebaptisant alors l’ordre suprême de la Très Sainte Annonciade. Il était initialement à 15 (autant que les mystères du Très Saint Rosaire) puis 20 chevaliers, tous obligatoirement de haute et bonne noblesse, princes du sang et chefs d’Etat, appelés «cousins du duc», le grand maître de l’Ordre étant le duc lui-même. La fête de l’Ordre était célébrée le 25 mars, en la fête de l’Annonciation, l’insigne en étant le médaillon de l’Annonciation porté à un collier (jamais à un ruban) lui-même formé d’une suite d’(entre) lacs (dit «d’amour»). L’ordre a été supprimé en 1946 par le gouvernement de la République italienne.

L'ordre des saints Maurice et Lazare

L’ordre de Saint Maurice (du nom du saint patron de la famille de Savoie) a été créé en 1424 à Ripaille par le duc Amédée VIII pour six chevaliers qui faisaient initialement les vœux  de chasteté et d’obéissance mais leur augmentation entraîna vite l’oubli de ces obligations. En 1572, il fut réuni par le pape à l’ordre de Saint Lazare de Jérusalem, dérivé des Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem lui-même en déclin depuis le milieu du XVe siècle. Il devient l’ordre courant de La maison de Savoie, suspendu de 1799 à 1816, relevé en 1816 et par la suite réformé une quinzaine de fois jusqu’à nos jours. Il a été reconnu d’utilité publique par la République italienne en 1951 et se consacre actuellement à des oeuvres hospitalières. L’Ordre comprend cinq dignitaires, 25 grand croix, 50 commandeurs et des officiers et chevaliers en nombre illimités (près de 1500) nommés par le chef de la famille de Savoie. Tous se réunissent le 22 septembre en la fête de Saint Maurice pour une messe solennelle à Saint-Maurice d’Agaune puis à un chapitre général à Genève. Ils portent une croix tréflée d’émail blanc posée sur une croix de Malte en émail vert suspendues à un ruban de moire verte et surmontée d’une couronne (ducale jusqu’en 1713 et depuis royale)  avec un manteau rouge à capuchon.  

L'ordre de Savoie

Ordre militaire fondé en 1815 (et réformé en 1855 et 1857), doublé en 1831 d’un ordre civil de Savoie (pour 70 chevaliers)

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